samedi, avril 05, 2008

Front de libération des fumis

Pour sa première grosse manif de retour au pays, c’était plutôt pas mal. Retrouver la France après trois ans au Canada, après Montebello, forcément, toutes les têtes cramées d’Amérique du Nord venant ruiner le sommet du PSP entre Bush, Calderon et Harper, les survivant-e-s de la bataille de Seattle, venant débusquer et fracasser les keufs déguisés à la mode black bloc.

Ici, on avait eu les nuits de novembre 2005, le CPE et les suites de l’élection de la « dernière incarnation d’Elvis ». Peccadilles essentielles. Des rencontres. De la vie.

Ça sentait la manif funky style, rumeurs qui bruissaient depuis une bonne semaine, feux d’artifices en honneur aux sans-pap’, et peut-être la virée à Vincennes, ensuite. Je ne sais pas si elle était impatiente de retrouver nos flics, les merguez de la CGT, et le cortège motivé-moooo-tiii-véééé de la Ligue à Léon.

Les sans-pap’ bien présent-e-s. Un beau cortège anarchoïdo-sympathico-décidé aussi. Et la Ligue aussi…

Banderole de soutien à B. et I. tendue à l’arrache sur l’avenue des Gobelins. Quelques fumis. Retrouver les gens. On sent qu’on est pas mal, en fait. Deux cents peut-être. Peut-être plus. Dont elle. Pour une fois, la CGT est plutôt compréhensive et dégonfle son immonde ballon qu’on a envie de crever aux fléchettes pour passer sous la banderole.

On longe le Luxembourg et, joli pied de nez, c’est rue d’Assas que le cortège prend vraiment forme. Banderole « destruction des centres de rétention portée » à l’allemande ; même pas envie d’attaquer la fac des nazillons consanguins, mieux à foutre, se retrouver, commencer à allumer les fumis. Elle fout sa capuche, relève l’écharpe, comme tout le monde.

« Libérez nos camarades, libérez nos camarades, libérez… » Le cri grossit, vient du cœur, claque farouchement dans l’air enfumé. « Libérez nos camarades… »

Elle n’avait jamais vu le Lutetia. Il n’avait pas eu l’honneur de notre visite depuis le CPE. Les cris des torturé-e-s de la Gestapo ne montent plus des caves, pas plus que les plaintes des déporté-e-s revenu-e-s des camps, on entend juste les vitres voler en éclats, vitres de l’hôtel, vitres des Porsche garées devant. La fumée des fumis protège les cagoulé-e-s.

« Je milite à Nanterre (bis)
La Ligue la Ligue
Mais j’habite à Neuilly
La ligue à Léon

J’aim’ bien la couleur rouge (bis)
La Ligue la Ligue
Cell’ de ma Ferrari
La ligue à Léon

À deux c’est une tendance (bis)
La Ligue la Ligue
À trois c’est une scission
La ligue à Léon….
Trotski ploum ploum »

Boulevard Raspail, le cortège de la Ligue passe de manière aussi provocante que celui du PS lors du FSE/FSL de 2003. Il n’en faut pas plus. La banderole Destruction, de ses petits bras musclés, décide de charger. Cette fois, pas de CNT pour protéger les sociaux-traîtres. Le facteur se planque et laisse les gaz poivrés du SO de la Ligue faire le sale boulot. Le bloc tient bon, répond, fait reculer les ex-maos des 70’s parvenus au bout de leur Longue Marche. Rage, rires, et détermination. Poubelles volantes, cannettes, et toujours des fumis.

Les flics remplacent la Ligue sur la fin de parcours. Nouveau face à face. Une poubelle remplie de fumis orange roule vers les barrières que le bras armé de l’État a placées avant le ministère de l’identité nationale et de l’immigration.

« Je hais la France ses flics et ses fachos. »

Elle hurle.
















la Réplik - Mon voisin vient de loin




(merci au Thib' pour les tofs en noir et blanc)

13 commentaires:

birahima2 a dit…

Thanks pour ce post Ubi.
je suis sctotchée sur l'écran là par ton "in-thing to think"
aussi par cette excellente recontextualisation mondiale, toute en art et en finesse

- Lutetia, 4ème, Bd Raspail, avril-août 45
- 1999, OMC ( in Chine et Russie) à Seattle
- nov 2003
Forum social européen et contre forum social libertaire
- 2005 ...
- août 2007
partenariat pour la prospérité,réunion Montebello , à 90 mn de Mtréal des pro-business qualifiés de sommet des "trois bandidos" par les outaouais
- 2008 ...
hier, samedi 5 avril
best thing to do :

plaque du Lutétia
" d'avril à août 45, dans cet hôtel transformé en centre d'accueil, fut reçue une partie des rescapés des camps nazis, heureux de retrouver leur liberté et les êtres chers auxquels ils avaient été arrachés"

punk accoustique...hurlant

birahima2 a dit…

j'avais pas capté tout de suite pour l'EHESS ; comme ça, ils ont appelé les flics...

mais dis-moi Ubi,
le PS, qui était pas là, il se lance dans la politique pour la première fois alors ?

ubifaciunt a dit…

merci pour la chouette lecture birahima...

quant au ps, je préfère ne pas en parler, ça porte malheur (sauf si c'est du pied gauche)

thé a dit…

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/04/05/mort-en-prison-a-19-ans_1031307_3224.html#ens_id=1029743

j'ai pas le moral, ce soir. Plus que d'habitude ? Oui, plus que d'habitude.

Oui, ça porte malheur.Le Ps. Mais j'ai pas de chat noir. Et pourquoi j'aurais un chat ? Céline ? Oui et alors ?

thé a dit…

T'as déjà marché, Ubi ?

C'est la réponse à un autre post.
Je préfère, ici. C'est plus récent. Mais, tu vois de quoi je parle.

La taule ou la marche.

Sauf que la marche, elle a souvent été de mise avant la taule, les galères.

La marche, cela rappelle les pélerinages, expier les fautes.
C'était pas un choix, ubi.

Si je marche, je reconnais ou on me fait reconnaître que j'ai fauté.

C'est pas une alternative et y a pas de choix possible.

Moi, j'ai marché. Un reste de croyance judéo-chrétienne.

Quand j'allais mal, je marchais, je marchais. Je m'arrêtais plus. Je crois que ça me faisait arrêter les pensées et j'arrêtais plus. Mais rien à expier.

thé a dit…

Parce que aller voir le Guadalquivir, ça peut paraître beau. Oui, ça peut paraître beau. Et la belle chanson de Fontaine que tu as mise.

Mais, moi, je veux pas le voir le Guadalquivir. Et le chemin de Compostelle du pays basque à Séville, c'est pas trop le chemin. Du pays basque, pour aller à Compostelle, tu suis la côte ou tu files sur Burgos et la Castille, la Meseta, brûlante de froid en hiver et de soif en été.

Et tu marches. Ton sac est trop lourd. Tes genoux sont en feu . Et, tu marches.

Tu crois que ça peut se proposer ?

Oui, bien sûr, il y aura les nuits étoilées. Le paysan du coin qui t'aura proposé sa grange, à condition de ne pas fumer.

Les nuits étoilées, s'il y a du vent. Et tu te gèles. Sinon, c'est la brume et le froid qui t'arrivent au petit matin.
Et tu te relèves et tu marches encore.
Comme si tu portais une croix.

Tu as marché, Ubi ?
Longtemps ?

Dans les manifs, aussi, on marche.
On est des marcheurs, quoi.

birahima2 a dit…

salut Ubi,
je dirais pas que j'ai trouvé ça "chouette".
je considère que c'est un témoignage ;
le "cahier d'un poilu".

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Il a parlé de sa mère dans son mot, si je me souviens bien, de ses copains de taule ; de ce qui compte pour lui.

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thé a dit…

http://rue89.com/2008/04/07/a-mayotte-derapages-face-aux-sans-papiers-comoriens

Marches contre les sans-papiers à Mayotte
Certains commentaires y sont édifiants

ubifaciunt a dit…

@ thé : Oui, tous les jours, dans la belle Nanterre, cinq bornes minimum avec des belles pauses le temps que des gosses nous interpellent, oui j'aime ça, le rythme lent des quatre saisons.

Quant à l'expiation.... humpffff : "Soyez damné-e-s, c'est tout ce qui vous reste" qu'il disait le Ferré...



@ birahima : Je ne disais pas que le texte ou les événements fussent chouettes, mais ta lecture... Et puis Barthas, toujours, poilu...

birahima2 a dit…

c'est dans quel chanson de Ferré, Ubi ?

thé a dit…

Me suis mal exprimée, Ubi. Et je me suis relue. Les interrogations ont l'air agressives. Ce n'était pas mon vouloir. Il est difficile de faire passer l'écrit si on n'y consacre pas trop de temps.
Je voulais, en fait, m'interroger sur la marche.
Oui, bien sûr, la marche sympa pour aller ou revenir du boulot, sortir le chien. C'est pas de la marche, ça. C'est récréatif, comme peut l'être la broderie.
La marche est choisie pour les pélerinages, l'armée, les manifs, etc.
Pourquoi ?
Pourquoi on marche ?
Qu'est-ce qu'on inscrit dans nos corps, dans les lieux ?
Y a pas de belles pauses, là.

thé a dit…

"Soyez damné-es"
Je vois pas, non plus. Peut-être avant certaines chansons, en live.
Cela ressemble un peu trop à une prescription biblique, à mon goût.
Damnation, c'est autre chose.
Tu nous en mets jamais du Ferré.
A plus, Ubi. J'ai l'impression que je t'ai froissé. Je le regrette. Tel n'était pas mon propos.

ubifaciunt a dit…

"Soyez damnés" c'est sur le double live de 1973 à Montreux, effectivement la transition parlée entre la Damnation et Pépée...

'fectivement thé, pas capté, cru qu'il s'agissait de la simple expiation pure et simple (pas trop le temps de développer là non plus...)

méprise

pas grave